Les mangas d’épouvante et survivals sont très prisés par le lectorat actuel. En atteste le succès des œuvres de Tonogai, Doubt et le tout récent Judge. Mais si ces séries sont rapidement parvenues à se faire une place de choix dans les rayons de nos magasins préférés, ce sont loin d’être les seules du genre, d'autres n’ayant clairement rien à leur envier. C’est le cas de l’île de Hozuki qui illumine le papier de par son génie scénaristique et son suspense à couper le souffle ou bien, dans un style plus mature, du manwha Island, dont l’originalité n’a d’égale que l’angoisse qu’il véhicule. Leurs scénarios singuliers alliés à des scènes sanglantes, parfois malsaines, se destinent à un public plus âgé, modifiant quelque peu l’image enfantine que l’on peut se faire des bandes dessinées asiatiques.
Les éditions Ki-oon n’hésitent pas à placer leurs espoirs chez des auteurs aux idées généralement sombres et au coup de crayon propre à un genre particulièrement glauque et inquiétant. Au détour d’un rayon, il vous sera désormais possible de tomber sur une couverture à la texture originale, rappelant celle des vieux livres poussiéreux que l’on déterre parfois dans les bibliothèques. C’est interpelée par cet aspect rugueux, se détachant de la texture brillante de ses voisins, que j’ai décidé de jeter un œil dessus pour découvrir un One Shot de Ki-oon, sur lequel je n’aurai pas l’ombre d’une seconde, imaginé pouvoir tomber. Sombrez donc dans l’univers obscur et malsain de Hideout et observez, non sans peine et dégoût, la tragique descente aux enfers d’un héros que la malchance refuse d’abandonner…
Au bout du rouleau…
Seiichi Kirishima et sa femme décident, un beau jour, de prendre des vacances sur une île, afin d’apaiser leurs relations pour le moins belliqueuses. De nombreux événements ont en effet contribué à dégrader leur vie de couple, à la base pourtant, stable et paisible. Un nouveau départ, une nouvelle vie s’étaient-ils dit, sans trop se mettre d’accord sur la signification de ce marché…
Arrivés sur place, l’homme décide d’aller faire un tour dans la forêt patibulaire de l’île, prétextant l’existence d’une cascade porte-bonheur. Mais alors qu’une énième dispute éclate entre les deux époux, c’est, à bout, que le mari décide de tuer sa femme, à coup de clef à molette… Une course effrénée s’engage alors, les menant à l’entrée d’une sinistre grotte dans laquelle ils n’hésitent pas à rentrer… Et là, ce qui semblait se présenter comme un survival inquiétant se transforme en un cauchemar sans égal, sous l’égide de la violence et de la barbarie. Mais comme pour toute œuvre d’horreur, en dire plus, ce serait gâcher cette délectable angoisse que l’on éprouve à chaque fois que l’on doit tourner la page…
La torture de la page suivante…
L’histoire est terriblement bien ficelée et le choix de la concentrer en un seul volume est réellement judicieux. Contrairement à The Innocent, pour lequel avait été déploré le manque de tomes, Hideout ne pouvait s’étendre plus, au risque de casser une trame rapide et d’apaiser le suspense sans égal qui nous tient du début à la fin. Les évènements s’enchainent au fil des pages et les mauvaises surprises sont, à notre grand désespoir, on ne peut plus nombreuses.
Il va ainsi sans dire que ce manga ne se destine pas aux âmes sensibles. Outre la violence morale avec laquelle on nous harasse, Hideout répond parfaitement au genre de l’horreur. Pour unique exemple, un monstre étrange et inquiétant arpente la grotte, faisant des pauvres hommes égarés un somptueux festin tandis que les femmes ne servent qu’à apaiser ses désirs charnels. La violence n’est pas censurée, tout nous est dévoilé et certaines images peuvent réellement choquer, même les plus psychopathes d’entre nous.
Quand le passé envahit le présent
Masasumi Kakizaki signe donc ici une œuvre parfaitement maitrisée, dans laquelle s’alternent des passages relevant du fantastique, d’un gore sans nom, et des flash-back encore plus insoutenables tant leur réalité nous transperce le cœur. Aucun moment de répit pour notre pauvre cerveau qui se retrouve transbahuté du présent au passé, de l’horreur au désespoir, de l’immondice à l’insupportable. Le passé est omniprésent : il guide chaque pas, chaque comportement de notre personnage principal, le ronge de l’intérieur afin de transformer l’homme aimant qu’il était en une créature inhumaine et sans cœur. La transition entre les deux époques est très réussie, dans le sens où la clarté d'un passé en déchéance détonne parfaitement avec la noirceur de la descente aux enfers des protagonistes. A l'instar du scénario donc, les dessins deviennent de plus en plus durs et sombres, de même que les expressions des personnages, tout en restant très réalistes, se rapprochant plus du style fin et travaillé des œuvres coréennes.
L’auteur parvient sans difficulté à rompre avec l’aspect manichéen qui peut détériorer les œuvres d’épouvante. On peine à savoir qui est réellement mauvais, qui mérite de mourir et qui, d’entre la femme, l’homme et la mystérieuse créature, parviendra à prendre le dessus sur les deux autres. Les évènements présents dévoilent chaque côté obscur des personnages ainsi que leurs faiblesses tandis que chaque bribe du passé qui nous est envoyée nous perd un peu plus dans notre réflexion… Et alors que l’on avait tendance à voir l’inconnu comme notre ennemi, puisque nous éprouvons tous une aversion sans égale à l’égard ce qui nous est étranger, Masasumi Kakizaki parvient à bouleverser nos à priori et à nous faire comprendre que les choses ne sont parfois pas aussi simples et enfantines qu’elles peuvent le paraitre.
Avis aux psychopathes
Hideout, c’est une torture sans nom tant pour nos yeux que pour nos méninges. Guidé par le suspense et les retournements de situation, le manga nous pousse sans cesse à nous remettre en question et nous apporte une vision terriblement mature de la vie et de l’être humain. Les flash-back sont prenants, les dialogues poignants, les évènements perturbants. Le tout mené par des scènes d’une violence physique et morale innommable, par des passages parfois insupportables de par leur caractère malsain et repoussant. Et pourtant, malgré l’aspect fantastique de l’œuvre, ce n’est pas le genre de manga que l’on pose sur sa table de chevet pour le lire, à la légère, lors d’une insomnie persistante, mais un One-Shot réellement instructif duquel il est possible de tirer une terrible leçon de vie et une morale, quoique pessimiste, on ne peut plus réaliste…
Hideout
Type : Manga Catégorie : Seinen Genres : Aventure, horreur Public : +14 ans Scénariste / dessinateur : Masasumi KAKIZAKI Nombre de volumes : 1/1 Preview
J'en avais entendu parlé et les personnes qui me le recommandent m'en disent le plus grand bien.
Par contre j'ai pas compris ce passage ?
Mais alors qu’une énième dispute éclate entre les deux époux, c’est, à bout, que le mari décide de tuer sa femme, à coup de clef à molette… Une course effrénée s’engage alors, les menant à l’entrée d’une sinistre grotte dans laquelle ils n’hésitent pas à rentrer…
Donc le mec butte sa femme et ils s'enfuient ensemble ?
Je vous le conseille vivement ! (melkor est d'ailleurs un privilégié)
Non Brido, il tente de la tuer. Il la rate et il la poursuit. Ils se retrouvent devant une grotte et la femme y entre pour échapper à son mari
Il est dans ma pile de lecture à venir... quant à savoir quand je me plongerai dedans, ça reste à voir. En tous cas, le dessin très sombre de l'auteur de Rainbow sied à merveille à ce manga pour nous plonger dans une ambiance horrifique et très glauque... et ceci, sans même l'avoir lu