"Alors à votre droite, vous pouvez voir le Fouquet's, lieu de pèlerinage reconnu depuis le 6 mai 2012, son architecture coquette, son intérieur cosy et ses serveuses actionnaires chez l'Oréal. A noter également que c'est le seul endroit de Paris où vous pourrez manger un flamby accompagné de ses petites fraises des bois ... Et à gauche, quelle est cette foule ? C'est un rassemblement de jeunes de 18-35 ans dont un quart n'a plus de voix parce qu'il était au concert de Metallica de la veille. Je pense que l'on peut tabler sur plus de 4000 personnes occupées à faire la queue. C'est un splendide groupe homogène, pacifique, uni dans l'attente, partageant une même passion et faisant fi des détracteurs qui ne comprennent pas les raisons de leur enthousiasme débordant. Pourquoi attendent-ils ? Ah, mais ma petite dame, c'est tout simple c'est pour ....... DIABLO III !"
Oui, j'y étais. Et visiblement, je n'étais pas le seul puisque les premiers arrivés devant la FNAC des Champs-Elysées tenaient bon depuis 7h30. Des fous ? Pas plus que ceux qui ont posé leur tente devant le tapis rouge de la Croisette depuis Lundi. Des passionnés tout simplement. Là pour l'ambiance, pour rencontrer des personnes de tout horizon, pour obtenir une dédicace de la part du responsable de la production Alex Mayberry ou du level designer en chef Dave Adams ou plus probablement pour obtenir un collector ou autres goodies rares avant tout le monde. Mais force est de constater qu'ils étaient avant tout là pour vivre sur place un événement unique et que l'on attendait depuis douze ans : la sortie de Diablo III.
Sous le chaud soleil, le parvis de l'établissement commercial sacré pour les fans s'est rempli au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient et vers les 17h30, heure à laquelle les animations ont débuté, nous nous vîmes 3000 en arrivant au port. En parlant d'animations, quelles étaient-elles ? Au nombre rachitique de trois, elles ont cependant démontré leur potentiel à divertir les présents et faire regretter aux absents de ne pas être venus. Il y avait tout d'abord un Quizz de 60 questions animé par un joyeux drille, au rire communicatif et au talent d'amuseur public rafraîchissant. Ces petites devinettes allaient de la simple interrogation "En combien d'actes se déroulait Diablo II ?" à de véritables examens de connaissance sur l'univers de Diablo à l'instar de la question "Combien y avait-il de vaches dans le camp de Rogues dans Diablo II ?" Je vous rassure tout de suite, toutes les questions ne concernaient pas uniquement le second épisode, et s'il y en avait quelques unes réservées aux rares connaisseurs et joueurs du premier opus, une grande partie des question avait pour sujet des choses que l'on ne pouvait savoir qu'en jouant à la Bêta de Diablo III sortie le week-end d'avant. Dès lors, tout le monde avait sa chance, du moment que le présentateur se trouvait à proximité. Chaque bonne réponse donnait le droit à un lot en magasin, le plus souvent un t-shirt et un guide du jeu gratuits voire une carte graphique pour les plus chanceux. Des artefacts d'importance pour un jeu d'envergure tel que Diablo III.
La deuxième animation était un peu le fil rouge de l'après-midi (un peu comme à Intervilles mais en moins vache). Des cosplayeurs amateurs posaient devant l'entrée du magasin, en dehors des barrières et l'on pouvait se faire prendre en photo avec eux. Une certaine Leah a ainsi remporté un plébiscite assez important auprès de la gent masculine en dépit d'un déguisement juste correct. Pour ceux qui y avaient mis du cœur et du temps - de deux jours pour les habitués à plusieurs mois pour les plus perfectionnistes - il y avait de quoi ravir l’œil et pas que celui du caryotype XY. Du moine à la sorcière en passant par l'enchanteresse, presque tout le casting des classes et compagnons de Diablo III était réuni. Au terme du concours organisé par la FNAC et où Dave Adams et Alex Mayberry étaient juges, c'est finalement un somptueux cosplay de Templier qui a remporté le premier prix, un collector dédicacé. Pourtant pas de véritables perdants chez les déguisés, puisqu'ils sont chacun repartis avec des goodies et le jeu. Par ailleurs, pour que chacun puisse les admirer de sa place, un bus aux couleurs du jeu à toit ouvert s'est garé devant le trottoir et a permis au cosplayeurs de se montrer aux yeux de tous. Petite surprise, les deux membres de Blizzard présents pour l'occasion ont eux aussi profité du bus pour saluer la foule et remercier les participants. Autre anecdote ubuesque : les policiers faisant leur ronde ce jour-ci sur les Champs devaient être insensibles aux charmes du célèbre Hack'n Slask étant donné qu'ils ont dressé une contravention au chauffeur du car pour stationnement gênant, geste qui a été copieusement hué par les fans au courant de l'affaire.
Enfin la troisième animation était de grande qualité, malheureusement, la faute à un petit souci d'organisation, tout le monde n'a pas pu en jouir pleinement. C'est d'autant plus regrettable que cette animation était un mini-concert donné par le groupe Fantasy Brass Five composé de cinq cuivres, une guitare électrique et une batterie. Ces derniers ont bien entendu joué le thème de Diablo III, mais dans le brouhahaha incessant et avec la foule de badauds devant eux, autant dire que ceux qui faisaient la queue et qui étaient proches de la route n'ont pas vraiment profité du spectacle. Il a manqué ici une véritable sono et une utilisation intelligente des deux écrans plats disposés aux côtés de l'enseigne du magasin. Ce n'est qu'une petite fausse note (haha) dans cette organisation de la soirée qui fut plutôt bien menée tant au niveau de l'animation (malgré un faible nombre de lancers de t-shirts dans la foule par rapport aux stocks disponibles) que de la sécurité.
Au fait, on parle, on parle ... et quelle heure est-il ? 20h59 déjà ? C'est parti pour le décompte final : 10, 9, 8, etc. Toute une foule scandant à plein poumons le nombre de secondes restantes avant la libération totale, ça a quelque chose de magique. Au top final, les premiers arrivés défilent alors sur le tapis rouge dressé par le service de sécurité, marchant tranquillement sous les exultations de l'assemblée. Avec les professionnels de l'image (ce qui est loin d'être mon cas comme vous pourrez le constater dans les médias ci-dessous) sur leur chemin, leur traversée avait quelque chose qui fleurait bon la croisette de Cannes, à ceci près qu'au Festival éponyme, on monte des marches et là, les élus descendaient un escalator. Une parabole intéressante qui pourrait représenter la descente vers les profondeurs de l'enfer et l'adieu à toute vie sociale terrestre pendant quelques journées ou semaines... enfin à condition que les serveurs fonctionnent.
Plus sérieusement, l'opération a été à coup sûr fructueuse pour Blizzard et la FNAC puisque quinze minutes à peine après le début des hostilités, on ne trouvait plus aucun collector sur les rayonnages. D'autant qu'avant la fermeture du magasin, il en était de même pour les versions simples. Il y aura donc forcément eu des déçus au cours de cette soirée, mais avec la possibilité de prendre autant de collectors ou de jeu qu'on le souhaitait, il ne fallait pas trop se faire d'illusions. Dans le magasin, une demi-heure après le lever de rideau régnait une atmosphère d'euphorie générale et trois groupes se distinguaient. Le premier était celui des chercheurs. Armés de la conviction tenace qu'il réussiraient à trouver tout ce qu'ils désiraient, on les voyait errer de place en place, tels des brebis égarées recherchant leur troupeau. Les seconds, qu'on appellera les "Paranoid parrots" (à l'égard d'un célèbre mème), avaient réussi à dénicher le sésame tant convoité, mais en route pour la caisse, jetaient des regards inquiets dans toutes les directions et serraient leur futur achat avec la peur au ventre. Enfin, les derniers faisaient eux aussi la queue, avec cependant bien plus de discipline que les précédents, dans l'espoir d'obtenir une petite dédicace sur leur récent achat. Un joyeux bordel en somme.
C'est en ressortant vers les 23h du magasin qu'on pouvait s'apercevoir que la folie Diablo III s'était emparée de Paris. Une heure avant la fermeture, plus de mille personnes faisaient encore la queue, sans grande conviction quant à ce qu'elles trouveraient à l'intérieur. Pour la plupart, elles avaient entendu parler de l'événement le jour-même aux infos ou sur la toile. M'éloignant alors sous le ciel parisien aux couleurs de l'obsidienne, je me surpris à me sentir nostalgique et avoir la sensation d'avoir vécu un moment unique. Je pourrai le dire à mes petits enfants lorsqu'ils joueront à Diablo VI : oui, j'y étais.